LE BANC

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Jean Chauma

Le banc
Roman noir
Collection fictio
2011

ISBN : 978-616-90781-1-1

112 pages
130 x 184 mm

21 CHF / 17 €

 

«Il n’avait pas fini sa phrase que je dégainais mon calibre, il a pris la bastos au-dessus de l’oeil gauche, un autre coup de feu a tonné, une balle est entrée dans ma poitrine, j’ai tiré une seconde fois, le jeune Corse s’est plié en deux. Les Champs-Élysées étaient encore remplis de monde, le Luger à la main, je me suis mis à courir.»

C’est l’histoire d’un voyou pris entre deux feux : lui et les autres. Sur le point de mourir, il se cherche un sens. Trop fier ou trop pudique pour se tourner vers Dieu, il tente la Raison pour la première fois de sa vie.

Depuis la publication de Bras cassés (2005), Jean Chauma fait du roman noir le lieu d’une rencontre unique entre fiction, expérience et connaissance. Le Banc s’annonce ainsi comme la quatrième étape d’une déroutante méditation sur le grand banditisme

 

 

Lu dans la presse

 

Méditations d’un voyou

par Anne Pitteloud

 

Un homme s’écroule sur le banc d’un jardin, près des Champs-Elysées. Au-delà du calme des arbres, les phares des voitures sillonnent la nuit parisienne. Il fait froid, on est en hiver. L’homme sent qu’il vit ses dernières heures : il vient de prendre une balle en pleine poitrine. Alors, sur cette banquette, le temps d’une nuit, il voit sa vie défiler en séquences décousues : sa relation quasi incestueuse à sa mère, son entrée dans le monde du banditisme, les premiers braquages et la prison, les copains et les prostituées avec qui flamber… jusqu’à cet absurde règlement de comptes avec un parrain de la mafia corse.Dans Le Banc, Jean Chauma poursuit sa réflexion sur le monde des « voyous » – selon son expression – qu’il connaît de l’intérieur pour en avoir fait partie : ex-braqueur de banques, il a passé une vingtaine d’années sous les verrous. De cette expérience, il a tiré trois recueils de textes courts qui interrogent de manière saisissante les mécanismes du banditisme – Bras cassés (2005), Poèmes et récits de plaines (2008) et Chocolat chaud (2009), tous parus chez Antipodes. On y découvre un univers hors du langage, structuré par les non-dits : par incapacité et manque de culture, mais aussi parce que ne pas nommer signifie ne pas avoir fait, ne pas dire permet de ne pas réfléchir et autorise le passage à l’acte.
Dans Le Banc – publié par BSN Press, maison d’édition fondée à Lausanne et Bangkok au printemps dernier –, les interrogations existentielles du truand prennent d’abord la forme d’un monologue, longue méditation qui remet radicalement en question ses choix de vie, douloureux face à la mort. Son soliloque mêlé de souvenirs se fait parfois un peu trop théorique; il est heureusement interrompu par l’arrivée d’une femme venue lui porter secours. Démarre alors un dialogue magistral et confrontant : il y est question de vie réelle et fantasmée, de responsabilité, de présence et de solitude, de liberté et de manipulation, d’honnêteté, de compromissions, de choix, de reconnaissance et d’amour… « Une attaque de banque ce n’est que cela, quatre rêveurs en pleine hallucination qui font entrer de force leurs fantasmes dans la réalité », lance le truand…
Entre fiction, expérience et connaissance du « milieu » français des années 1960-70, Jean Chauma renouvelle ici de façon étonnante la réflexion sur le banditisme en rendant caduques les frontières convenues, et si commodes, entre mondes honnête et malhonnête : loin de l’imagerie médiatique dominante, par un questionnement en forme de dialogue ouvert, il esquisse des paradigmes inédits pour penser la marge et la violence.

Article paru dans Le Courrier, N° 219, samedi 1er et dimanche 2 octobre 2011

 

Coin lecture : Jean Chauma

par Olivier Jeandel

 

Chroniquer cet auteur de roman noir encore méconnu du grand public est pour nous l’occasion de saluer notre récente collaboration professionnelle avec un éditeur suisse francophone, BSN Press, également basé à Bangkok.
Jean Chauma évoque l’univers des voyous des années 60/70. Grâce aux indispensables interviews de l’auteur accessibles sur Internet, dont une réalisée par Anne Pitteloud du journal Le Courrier (Genève), nous découvrons le parcours et la pensée de l’écrivain Jean Chauma qui, ex-braqueur de banques, a passé une vingtaine d’années sous les verrous et tiré de cette expérience la matière de son imaginaire: « À mon époque, la voyoucratie était un monde où on n’écrivait rien, où on ne disait rien (…), les voyous sont des gens qui n’existent que par ce qu’ils font. Leurs actes sont leur représentation, leur carte de visite (…). Les voyous ont beaucoup de choses en commun avec les honnêtes gens. Ils sont âpres au gain, avides de reconnaissance sociale, de réussite, de respect… Peu de choses intéressantes ont été dites sur le banditisme et les gens les plus intelligents font toujours la même erreur : le mettre en évidence comme s’il existait en dehors du monde (…). La différence entre le monde des voyous et celui des honnêtes gens réside en ce que dans ce dernier, tout est lent. » Il nous fallait un tel guide pour appréhender les ressorts intimes des délinquants, leur langage, leur code d’honneur. Dans Bras cassés, publié en 2005, qui relate l’ascension et l’errance d’un jeune truand du milieu parisien des années 70, nous sommes véritablement immergés dans une époque et une « mentale » révolues, dans un univers social occulte, glauque et fascinant.
Si Chauma n’est pas aussi marquant que l’écrivain américain Edward Bunker, qui a connu un parcours proche mais s’est caractérisé d’entrée par une maîtrise stylistique remarquable, nous sommes néanmoins très satisfaits d’identifier un auteur francophone qui, selon la juste appréciation de son éditeur, « fait du roman noir le lieu d’une rencontre unique entre fiction, expérience et connaissance ». Le dernier roman de Chauma décrit l’agonie d’un truand sur un banc près des Champs Elysées et une rencontre improbable avec une résidente huppée des lieux lui offre une opportunité de rédemption éthique. Si Bras cassés se caractérisait par une dimension parfois trop « factuelle », « naturaliste », l’ambition du Banc serait par contraste parfois trop « intellectuelle ». Certainement, un titre pleinement achevé de Jean Chauma réunirait ces deux composantes, ce passage de l’une à l’autre, et proposerait une présentation de l’auteur sous la forme des excellentes interviews déjà réalisées.
Voilà pour les suggestions adressées à l’éditeur et, d’ici-là, n’hésitez pas à lire de pair Bras cassés et Le Banc pour avoir une vue complète de l’auteur.

Article paru dans Gavroche, N° 204, octobre 2011

 

Jean Chauma, Le Banc

par Alain Bagnoud

 

L’ancien voyou, habitué des prisons de haute sécurité pour braquage de banques et de bijouteries, continue son cheminement littéraire. Il écrit des livres singuliers, qui ne sont fondus dans aucun moule. Autobiographie, autofiction, roman policier, essai? Un mélange de tout ça. Ses livres à la composition singulière sont des ovnis lucides et âpres.
Dans Le banc, un voyou est en train de mourir, touché par une balle. On n’apprendra qu’à la fin qui la lui a tirée. Entre temps, il y a des flash-backs, un retour sur son enfance, sa mère et la relation quasi incestueuse qu’elle entretient avec lui, sa fugue à quinze ans, les premiers vols, son premier braquage.
Puis le livre change. Une femme le voit sur ce banc, elle comprend qu’il n’est pas bien, elle veut l’aider. Le voyou n’est pas un inconnu pour elle. Surnommé Le Mammouth, c’est une figure du quartier. La femme est d’ailleurs certaine qu’il a assassiné un homme politique, des années plus tôt.
Suit un long dialogue, qui occupe une grande partie du livre, et qui pourrait faire une pièce de théâtre. Elle tente de comprendre son acte, de savoir qui il est, il se définit peu à peu. Puis elle part chercher du secours et il meurt, après que le lecteur a compris pourquoi il a reçu une balle et de quelle manière ça se rattache à son passé.
Rien de canonique dans tout ça, mais une force et une efficacité. Au-delà de l’anecdote, ce qui intéresse surtout Jean Chauma, c’est de comprendre un cas particulier: le voyou des années 70. Il en a fait un type, et fore ce personnage avec intelligence afin de montrer quels sont ses ressorts, ses envies, ses projets, ses valeurs.
Et il y réussit fort bien.

Article paru sur le blog d’Alain Bagnoud, 26 août 2011